les années d'apprentissage du jeune crab (l'autre soir​+​la chambre​+​inédits)

by philippe crab

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about

Les années d'apprentissage du jeune crab ? Evidemment, ce roman fabuleux, nul ne songe à l’écrire. Quant à moi, au moment de poursuivre un primesautier « il était une fois », je manque toujours de force.

Ce mois d’août, claudiquant comme à l’accoutumée dans les sentiers du bois joli, tandis que je surprenais bien malgré moi les nutations des engouleuses slaves dans les fourrés luxuriants, m’est soudain venue l’idée de ressortir du placard les plus vieux oripeaux du Crab (mon alter-ego du show-biz), je veux parler de l’autre soir (2005) et de la chambre (2008), augmentés d’inédits, d’inouïs presqu’audibles. Entre le public de mes chansons les moins confidentielles et celui des maquettes qui n’ont pas quitté l’enclos de mon ordinateur, il n’y a que quelques paires d’oreilles de différence (« dès le début son affaire a périclité » sera mon épitaphe), ai-je continué, souriant à ce trait d’esprit, cette lucidité en trompe-l’œil.

Manière de faire le point, étant bien entendu que mon point de prédilection est d’interrogation. Là encore, j’ai souri, et les moineaux pioupioutaient gentiment, et les fougères déroulaient, belles lascives, leurs suggestives tiges vertes cambrées comme chute de rein, ce qui me troubla quelque peu. J’ai pensé à faire une chanson.

De retour dans le ventre de Paris, j’ai donc réécouté mes vieux balbutiements, plus d’une fois me suis surpris en flagrant délit de complaisance, de nombrilite inflammatoire, mais j’ai continué, pudiquement, au casque. J’ai versé quelques larmes sur ma jeunesse, définitivement vissée aux premières années du nouveau millénaire, souvent j’ai voulu me gifler, mais j’ai la peau qui marque.

Il faut bien dire que ces chansons portent le poids de leur impureté constitutive. Des maladresses il y en a tant qu’on s’arracherait les cheveux si l’on était certain qu’ils repoussent, hélas rien n’est moins sûr à 36 ans passés. Mais il y a de petites choses qui s’écoutent encore, peut-être. Encore un : ?

La chanson "française" d'aujourd’hui n'est pas toujours enthousiasmante, loin s'en faut : et, pour que les choses soient bien claires de la Belgique jusqu'au Québec, je plaide coupable ; Crab aussi a manié la rengaine, avec des succès très divers. Elles ne sont pas nombreuses, les chansons véritablement surprenantes, audacieuses, imprudentes. Entre variétés pizzaïolantes et chansons-hommages répétant les mots et les sons des maîtres d'hier, on a parfois du mal à respirer.

S'il y a dans le métier quelques fortes têtes qui souhaiteraient, pour la chanson, une révolution formelle l'élevant au rang des beaux-arts (passionnant, irritant), d'autres (ils sont les plus nombreux) abandonnent toute ambition pour cet "art mineur" (funeste formule), souvent au nom d'un "vanité, vanité, tout est vanité" très discutable. Dissocions une fois pour toute l'artiste de l'oeuvre d'art. Soyons ambitieux pour nos chansons, et pas pour nos pommes !

De mon côté, je conçois la chanson, pop-art, ou plutôt je l’entends, comme une pratique du capharnaüm (du vide-grenier, du bricolage, de l'hétéroclite), un art de la rencontre désordonnée, aléatoire, entre des mondes opposés, ceux du grandiose et du grotesque, du populaire et du savant, du sublime et du trivial (maudits épithètes !), du mélange des époques, des lieux, des autres arts, bref, je suis irrémédiablement confus, et c’est cette confusion que j’aime. Moi président, on ne serait pas plus avancé. Rappelez-vous le point d’interrogation. Voici ma façon, si j’en ai une. J’ai toujours hésité, et ces chansons sont le lieu de la lutte, si j’ose dire. Mon horizon tremble : tant mieux, non ?

Je vous salue bien bas, amis et contempteurs, et je retourne à mon atelier.
------------------------------------------------------Votre dévoué Oxymoron.

credits

released September 9, 2010

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